Le monstre la suite – Ingrid Falaise

Je me souviens du soir où j’ai vu Elles étaient cinq au cinéma. Je me rappelle dans quel cinéma, je me revois pleurer intensément au volant de ma voiture lors de mon retour à la maison. Je n’étais pas en état de conduire après le visionnement de ce film. Je le sais maintenant. Quand les émotions sont si fortes, on ne devrait jamais prendre place derrière le volant d’une voiture. Par contre, ce film est fort probablement l’un des meilleurs que j’aie vus. Dur, très dur, mais important. Un film nécessaire. Bien écrit, bien réalisé et bien joué, Elles étaient cinq m’a marquée au point de ne jamais oublier Ingrid Falaise. Son jeu était tellement juste et intense. Jamais je n’aurais cru que la fiction et la réalité de cette jeune actrice étaient étroitement liées. C’est lors de la lecture de ses livres Le monstre et Le monstre la suite, que j’ai compris d’où elle puisait ses émotions si puissantes.

Le récit d’Ingrid, c’est son histoire et celle de tant de femmes à la fois. C’est extrêmement bien écrit. Je suis tout aussi admirative de son talent de comédienne que de sa plume d’auteure. Lors de la lecture d’un récit, j’ai besoin de sentir l’intensité et la vérité des propos. La lecture des lignes d’Ingrid secoue, en raison de la justesse du ressenti durant la relation mais de ce qui s’ensuit, aussi. Il ne suffit pas de partir pour que tout soit réglé. On ne sort pas de ce genre de relation sans séquelles. Ça ne se termine pas le jour où on prend ce qui nous reste de courage pour prendre la fuite. En fait, si on ne reconnaît pas cette souffrance que l’on traîne, il est possible que ça ne se termine jamais. De là l’importance de mettre des mots sur ce qui s’est passé mais aussi sur ce que ça a causé comme blessures. Panser ces dernières n’est pas chose simple et c’est ce que nous démontre l’auteure. L’intensité de son récit, la justesse des émotions décrites et l’absence totale de censure permet de bien saisir l’ampleur du drame causé par monsieur M. Cette lettre qui sert de prénom et de nom à celui qui a fait vivre bien des humiliations à Ingrid Falaise.

Comme bien des femmes, j’ai connu un monsieur M. moi aussi. M comme monstre. Pas aussi longtemps qu’Ingrid Falaise, il n’était aussi violent non plus. Juste assez pour me briser, pour que je doive me réparer pendant quelques années. C’est ce qui explique pourquoi, habituellement, je lis un livre très rapidement mais que pour les deux tomes Le monstre, j’ai dû y aller une page à la fois. J’en prenais un petit bout chaque soir dans mon bain moussant. Lire sa déchéance, sa tentative de reconstruction, revêtir des masques pour mieux jouer dans sa propre vie, blesser la gente masculine la première par instinct de survie. Ce qu’elle décrit, je suis passée par là aussi. Notre monsieur M. n’est pas le même, la suite n’a pas été en tout point pareil mais les émotions, les sentiments, c’était fort similaire. La violence, qu’elle soit physique, psychologique, verbale ou tout ça à la fois, ça laisse des traces, souvent plus profondes qu’on ne le croit. On doit se guérir de ça pour vivre pour vrai, pour aimer de nouveau, mais ça prend du temps, bien des pages noircies pour évincer les souvenirs qui nous hantent et une bonne thérapie. Comme le dit si bien la chanson thème de Elles étaient cinq de Christian Sbrocca : Réapprendre à vivre.

Le récit d’Ingrid Falaise, c’est le signal d’alarme pour celles qui pensent à fuir, une mise en garde pour celles qui croient que c’est fini parce qu’elles sont parties mais également l’espoir pour celles qui ne croient plus au bonheur, qui doutent que l’homme bon existe.

Le monstre, Le monstre la suite, sans aucun doute, l’une des histoires les plus touchantes que j’aie lues. Un récit que je vous recommande fortement. Une plume à découvrir, une auteure, une femme admirable.

 

 

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s